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AUTOSUFFISANCE EN VIANDE ET LAIT
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Écrit par Masseck SECK   

C'est possible mais.....

ImageLe Sénégal pourra-t-il combler ou du moins réduire le déficit en viande et lait estimé à 42 milliards de nos francs et permettre à ses éleveurs d’obtenir des revenus avoisinant les 7 millions à l'horizon 2010? La question surgit d'elle-même au regard des immenses ressources pastorales et des orientations stratégiques du Projet d’appui à l’Elevage ( Papel ) dans la zone sylvopastorale et le bassin arachidier.Des milliers de litres sont perdus faute d'investissements directs dans l'élevage. Reportage

"Gérer de manière durable ces resources naturelles et partager équitablement les fruits procurés pourraient sortir des milliers de familles de la pauvreté."

 

Ainsi réfléchit Mamadou Sow, un étudiant en management en vacances dans son hameau paternel dans la réserve pastorale de Thiargny. Il nous accueille au milieu de la concession familiale où une demi-douzaine de charrettes sont en stationnement devant les cases de leurs propriétaires.Ce hameau se trouve à l'orée de la plantation de gommiers d'une multinationale établie dans le département de Linguère depuis 1999. Les verdoyantes et belles prairies augurent d'une excellente campagne hivernale de lait et subsidiairement de viande. Dans la cour gambadent des dizaines de cabris, d'agneaux et de veaux ,confirmation que l'élevage prospère dans cette partie de notre pays.Notre hôte nous invite à partager sa calebasse de lait frais et la discussion s'anime sur les contraintes, les défis, les enjeux, les opportunités et les pistes à explorer afin de faire de ce potentiel économique une force, une puissance qui va entraîner d'autres secteurs d'activités.C'est la conviction du docteur vétérinaire Daouda Seck venu vacciner contre la peste équine et traiter les animaux de ses clients: " J'ai tout fait fait pour disposer de quelques hectares de terres et monter une ferme pilote. Mes démarches se sont heurtées au refus des élus locaux. A mon avis les politiques de modernisation et d'intensification doivent être prises en charge par les techniciens eux-mêmes et les auxiliaires d'élevage d'abord. Les premiers ont l'expertise, la vision et la vocation tandis que les seconds sont des personnes issues du monde pastoral qui sont les meilleurs vecteurs de plaidoyers en direction de leurs familles." Ces dernières, selon le vétérinaire, n'ont aucune raison d'abandonner le système tradionnel qui leur permet de vivre depuis des lustres. Il parle de partir des besoins des gens et des peronnes susceptibles de porter ces innovations au lieu de se focaliser sur les pasteurs dont le legs des ancêtres est multiplié par trois ou cinq de génération en génération grâce à ce système de production." Plus de 80% des pélerins sont des éleveurs dans ce département. Cela est est très éloquent et doit convaincre que le pastoralisme est une stratégie pertinete. S'il est un enjeu économique, il faut procéder autrement." La palabre est interrompue pour administrer une dose préventive à quelques chevaux et le voyage se poursuit.

Les petits producteurs délaissés

Il est 11 heures déjà! Nous venons de faire 34 kilomètres, c'est-à-dire, la distance qui sépare Linguère de ce village qui grouille de monde en ce samedi, jour de son marché hebdomadaire. Les nombreux bidons jaunes attirent mon attention; je m'approche et accroche un jeune enturbanné d'un tissu vert et arborant un ensemble traditionnel noir de cotonnade. A ma question , Ousmane Faye, c'est son nom, répond: "Je ne suis pas un commerçant mais je suis venu vendre quelques litres de lait de mon troupeau afin d'avoir les moyens de nous approvionner en denrées alimentaires. Nous venons de Mbour." En fait Ousmane comme la pluaprt de ses pairs qui écoulent leur lait est un transhumant qui a quitté les plaines de Sandiara dans le département de Mbour pour les pâturages de Thiargny: "Depuis 7 ans, nous sommes installés ici pendant trois mois et 20 jours et nous retournons à la fin des récoltes."  Il s'agit d'une stratégie payante selon les ionformations recueillies et confirmées par M. Daouda Seck , le vétrinaire: "C'est une réponse intelligente calée sur le calendrier. Les agriculteurs occupent l'espace avec leurs champs et les détritus des cultures sont très riches.A la limite ces animaux ont toujours de l'herbe verte." D'ailleurs ils arrivent à avoir deux naissances par an. Sans le codifier pasteurs et agriculteurs observent des règles de conduite et de gestion de leur espace en fonction des saisons et des activités. Ils sont plus de 300 exploitations familiales autour de la commune de Linguère en provenance d'autres déprtements à la recherche de pâturages verts. Davantage sont entre les communautés rurales de Barkédji, Gassane, Thiel et Thiargny. Ils sont des sérères essentiellement en provenance du Sine, du Saloum et du Baol. Mais il y a également des mauritaniens. Ces transhumants sont différents de ceux qui squatent les pâturages du Ferlo et s'agglutinent dans le ranch de Dolly en saison sèche. Mahécor, lui , vient de Bambey: "Nous vendons une quantité nécessaire de lait pour nous procurer du poisson fumé ou séché, du sucre, du thé, du riz et des condiments? Il y a beaucoup de lait que nous ne pouvons pas commercialiser." A ces producteurs de lait il faut ajouter les populations autochtones qui vivent de leur élevage. C'est un énorme enjeu économique qui doit être pris en charge correctement. «Les pouvoirs publics, les programmes et projets offrent des opportunités, accompagnent et renforcent les capacités des professionnels de l’élevage et leurs organisations. Il leur appartient de les saisir ,ces opportunités, et de les exploiter à leur profit.» avertissait M. Moustapha Diaw, le directeur du Papel au cours d'un point de presse en juillet dernier au Centre de Recherches Zootechniques de Dahra Djolof. Il ne veut point entretenir l’illusion d’avoir définitivement résolu l’équation de la sécurité alimentaire en produits d’origine animale mais souligne avec force que des efforts colossaux ont été consentis pour améliorer, moderniser et sécuriser les activités agropastorales dans le Bassin arachidier et le Ferlo. Il s’agit notamment de la réalisation de forages équipés, du centre national d’amélioration génétique de Dahra Djolof, de 4500 km de pare-feux pour la préservation des pâturages naturels, du renforcement des capacités des éleveurs et leurs organisations, de l’injection de plus de 2,5milliards de crédit par le biais de mécanisme de financement adapté et de proximité pour l’intensification, la modernisation et la commercialisation ou l’accès aux intrants par les pasteurs à travers la caisse de crédit agricole ou les institutions financières décentralisées.Mais là où le bât blesse selon nos interlocuteurs, c'est dans le ciblage des porteurs de projets de microentreprise, dans l'absence de fonds pour l'acquisition des équipements de conservation et surtout l'absence de routes.Les femmes, elles, déplorent l'exclusion dont elles sont victimes en général, la lourdeur des procédures administratives de sélection et de financement des projets.Entre autres contraintes récurrentes mentionnées figurent l’absence de magasins de stockage et de vente de concentré d’aliment de bétail, l'absence d'entretien des pare-feux pour protéger les pâturages naturels contre les feux de brousse qui dévastent en moyenne 100.000 hectares de biomasse dans le Ferlo chaque année et les difficultés de communication dues à l‘impraticabilité des pistes et à l’absence de réseau téléphonique et électrique dans la majorité des villages sans noter l’accès réduit voire impossible aux soins de santé tant pour les populations que pour leur cheptel du fait de la privatisation qui rend l’accès aux produits vétérinaires et aux semences pour l’insémination artificielle très difficile pour les petits producteurs. A ce propos, M. Mame Balla Sow, directeur du centre national d’amélioration génétique de Dahra Djolof soutenait que la qualité de la semence de son laboratoire répond aux normes européennes avec des taux de densité très performants et des vaches laitières qui atteignent 10 à 15 litres de lait par jour et des sujets pour la viande pesant plus de 700kg en un temps réduit.

Changer de paradygmes

On le voit, l’équation de la facture laitière n’est pas insoluble ; le Maroc l'a résolue en moins de 30 ans en mettant en place un plan laitierselon le directeur du projet d'appui à l'Elevage : "Il faut davantage d’investissements massifs sur une période plus longue pour parvenir à des résultats plus satisfaisants. Il nous faut très vite atteindre les 15.000 vaches laitières, recouvrir de latérite les 4500 km de pare-feux de la zonesylvopastorale pour en faire des pistes de production.; la jonction des partenaires privés et des pouvoirs publics devra apporter la solution à la disponibilité de l’aliment bétail et de semences améliorées tant pour les races animales que pour les ressources fourragères,des équipements pour la colecte et la conservation du lait et sa transformation car " le lait, il faut le manger".

Les chercheurs, les sociologues, les zootechniciens, les financiers, les éleveurs, les hydrauliciens, les communicateurs, les environnementalistes doivent marcher ensemble dans la même direction afin que la souveraineté alimentaire ne soit pas un rêve.Arona Ka, dont la petite exploitation est constituée de 50 brebis et d'un géniteur de races "laadoum et baalibaali " suggère l'octroi de crédit durable d'investissement et de fonctionnement aux petits producteurs et aux femmes qui sont dans la filière laitière /" Un transhumant sérère l'interrompt et il lui explique comment administrer un traitement prophylaxique à son troupeau de moutons.Pour son zexploitation il renseigne qu'il avait investi 185.000Fcfa en grains de coton et stocké de l'herbe; il a vendu 2 brebis et un agneau pour rembourserl'argent emprunté. et qu'aujourd'hui. La vente du lait de ses deux vaches laitières lui a procuré 420.000Fcfa sans compter le veau cédé à 300.000Fcfa:" Nous avons du lait frais pour couvrir les besoins de la famille..." Il ajoute :" Ma mère ne pouvait pas croire qu'une vache est capable de fournir 30 litres de lait par jour." Petit à petit le marché hebdomadaire de Thiargny se vide de ses acteurs venant de toutes les régions périphériques , des villes de Touba, Dahra, Linguère et de Diourbel. Notre véhicule emprunte le chemin de retour mais n'arrivera que le lendemain: embourbé à trois kilomètres de Lindé après plus d'une heure pour le sortir nous serons contraints par la pluie de l'y laisser et de passer la nuit; il sera extirpé de la boue par une équipe de jeunes conduite par le chef de village et tombera une seconde puis une troisième fois entre Lindé et Khogué, à 14km de Linguère.

L'équipage sort de cette tournée avec la forte conviction que la souveraineté alimentaire est à la portée du Sénégal et même de l'Afrique qui compte un tiers des 239 millions de vaches du monde et forunit moins de 5% du lait mondial. A défaut d'autosuffisance en lait et en viande, le Sénégal peut réduire considérablement le déficit de sa balance commerciale dont plus de 42 milliards pour les produits animaux... Le gouvernement doit faire de l'agriculture en général, de l'élevage en particulier, une priorité et y orienter les investissements etrangers directs qui affluent. De tels investissements auront l'avantage de créer en plus beaucoup plus d'emplois que les secteurs d'exportation contribuant à extravertir l'économie nationale.

Commentaires
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ybaid (Editor) 2008-05-20 14:08:41

Trés bon article voilà un moyen de sortir de la pauvreté l'élevage .Malheureusement on investit pas là où il faut.
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