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Linguère / Miser sur les innovations face aux échecs agricoles
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Écrit par Masseck SECK   

ImageLa succession de quatre hivernages improductifs accentue la précarité dans la circonscription administrative de Linguère. De cette ville, chef-lieu de l’un des départements les plus vastes du Sénégal à Barkédji, en passant par Haffé, Gassane et Thiel, la disette, l’exode rural, l’émigration, l’accès au crédit, à l’énergie, à l’eau et à la santé sont au centre des palabres dans les hameaux, sous les arbres et dans les marchés hebdomadaires.

Source: African Global News

"Regardez ces gens ! Ce sont les rares hommes valides qui demeurent encore dans le village. Ils font partie des rarissimes individus qui disposent de véhicules qui leur assurent les moyens de survivre grâce au commerce et au transport entre le village et Touba ou Dahra Djolof." Fatou Bamba Niang, la quarantaine, est l’une des ces nombreuses femmes chefs de ménage qui se battent nuit et jour pour assumer leurs responsabilités à côté ou à l’absence de leurs maris et frères, elle poursuit :" Ici, à Haffé, pas une seule graine d’arachide ou de mil vendues. Il y a seulement du niébé (haricot) et du « bissap » (oseille de guinée). Ils sont tous partis vers les villes et l’étranger." Elle nous renseigne que ce village mythique situé au sud de Dahra Djolof, parvient encore à retenir certains de ses enfants du fait de ces nantis qui ont investi dans le transport et le commerce de denrées de première nécessité et biens manufacturés importés. Si certains sont soutenus par des proches migrants la plupart tirent leurs ressources d’activités illicites et préjudiciables aux ressources naturelles : le charbonnage et la vente de charbon de bois. A quelques encablures des maisons, trônent des fours défiant toute autorité. Notre interlocutrice, après huit ans de volontariat dans la maternité rurale de son village et plusieurs années consacrées à des actions d’intérêt communautaire, tire un bilan : " Je me rends compte que nous roulons pour les autres qui profitent de nos capacités de mobilisation pour leur propre promotion sociale, administrative et politique. C’est pourquoi j’ai décidé de tout arrêter et de m’investir dans des démarches pour ériger Haffé en communauté rurale et être une collectivité autonome." Elle ne manque pas d’arguments, indiquant que plusieurs villages sont polarisés par Haffé dont les 30 clubs de solidarité ont permis l’ascension de responsables locaux de la fédération du PDS. Refusant de les nommer, elle avance que c’est connu que les centaines de clubs de solidarité et de développement ( plus de 750 CSD dans le département de Linguère dont 30 à Haffé) mis en place avec l’avènement de l’alternance par l’ancienne Ministre, Awa Guèye Kébé, ont largement contribué à l’ascension de femmes libérales des communes de Linguère et de Dahra Djolof ainsi que dans quelques communautés rurales et que les fonds collectés par les membres de ces structures ont été dilapidés. En fait, ces CSD avaient bénéficié d’un appui financier de 25 millions de francs CFA et avaient même lancé l’idée de mettre en place une mutuelle pour accroître l’accès des rurales au crédit. Ndaté Sarr, une des anciennes responsables qui contrôlait 135 Csd dans le secteur de Dahra Djolof, regrette que ce programme soit abandonné après l’éviction de son initiatrice remplacée par Mme Aïda Mbodji qui " voulut mettre autre chose à la place de ce programme" d’Awa Guèye Kébé. Fatou Bamba Niang, lance, au moment où le conducteur signale que l’étape de Gassane est encore loin : "En vérité les femmes sont les principales fossoyeuses des mouvements dynamiques locaux dominés par de rares instruites qui s’en accaparent et en font des instruments de promotion personnelle et de mobilisation électorale."

Un tour et demi d’horloge plus tard, Gassane, jusqu’à une période récente, le grenier du Djolof, grouille de monde entre le marché hebdomadaire et l’agence de la mutuelle d’épargne et de crédit du Djolof ( Djomec ).Ce grand bourg frappe par la diversité ethnique : peuls, sérères, maures, wolofs rivalisent dans les activités économiques. Ici, la mauvaise campagne agricole, accentue le phénomène de la mobilité socioprofessionnelle : tout le monde produit et vend des animaux ; les filières animales ne sont plus l’apanage des seuls haal pulaar et maures. Les wolofs et les sérères sont devenus de gros producteurs de moutons, chèvres et bovins qu’ils engraissent naturellement aux pâturages et revendent aux professionnels de la viande en provenance de toutes les régions du Sénégal. Souhaïbou Samb, un notable de Gassane, au seuil de la sixième agence de Djomec/Linguère :" N’eût été le commerce des animaux plus personne ne resterait dans toute cette zone car la campagne est désastreuse à certains endroits et loin des mauvaises des années 80." Un rapide tour au louma, le marché hebdomadaire, nous apprend que la flambée des prix de biens manufacturés et des denrées de consommation massive comme le riz, l’huile et le sucre s’étend sur les produits agricoles : le kilo de mil est à 185Fcfa, le niébé à 500cfa (c’est-à-dire au niveau où il était en période de soudure juin-aout ndlr) tandis que l’arachide est quasiment introuvable " car nous le vendons à 300Fcfa à Touba" précise un marchand.

Peut-on parler de disette ? Un directeur d’une ces multiples écoles à cycle incomplet et aux abris définitivement provisoires hésite avant de concéder :" Si rien n’est fait ce sera la catastrophe dans de nombreux villages. Déjà il y a des familles qui se vident de leurs membres en quête de travail en attendant le retour des pluies car ils ne disposent pas de suffisamment de nourriture pour rester." Un autre ajoute que si les gens sont encore là c’est dans l’espoir de survivre avec le soutien des émigrés et des parents qui sont en ville et de fils qui sont payés par l’Etat. Mais s’empresse-t-il d’ajouter, cela ne peut pas continuer si on pense aux nombreuses grèves des fonctionnaires qui ne sont pas épargnés par la hausse des prix et du renchérissement du coût de la vie.

Que faire ? Encourager les innovations et favoriser les investissements productifs pour une valorisation des ressources naturelles et une modernisation des exploitations agropastorales parallèlement aux efforts que font les migrants et les ressortissants de même que les pouvoirs publics en matière de construction d’infrastructures de base en santé et éducation. C’est la conviction du directeur de la Djomec dont la politique de crédit vient d’être révisée afin d’attirer davantage l’argent des migrants qui transfèrent des sommes importantes destinées à la consommation de biens manufacturés, l’achat de riz, d’huile et sucre dans leurs familles qui deviennent dangereusement dépendantes de l’aide et versent dans le parasitisme : " La nouvelle politique de crédit et d’épargne met l’accent sur l’épargne à long terme rémunérée à un taux assez compétitif de 9% afin de mettre à disposition du crédit pour des investissements agricoles. Cette politique vise tous ceux et celles qui ont des ressources financières qu’ils peuvent rentabiliser et sécuriser. Evidemment, les fils et filles du terroir à l’étranger ou dans le pays font partie de nos cibles. En déposant leurs épargnes dans les caisses de la mutuelle ils contribuent efficacement aux efforts de lutte contre la pauvreté." Selon M. Mohamed Fall, le directeur de la mutuelle, un dépôt de 20 millions non seulement augmente sa capacité à répondre à la forte demande de crédit mais permet à l’épargnant de mensuellement gagner 150.000 FCFA que sa famille peut percevoir.

Cette politique doit être soutenue par les pouvoirs locaux pour faciliter l’accès aux terres et encourager la diversification et l’introduction de nouvelles spéculations à côté des cultures traditionnelles. M. Fall suggère que les conseils ruraux attribuent au moins un hectare à tout producteur qui en fait la demande pour la plantation de gommiers dont l’apport au sol est une plus value écologique à ajouter aux revenus financiers qu’ils procurent et les opportunités de transformation artisanale ou industrielle de la gomme arabique. Aly Ndiaye, lui, ne se fait pas tirer les oreilles pour adopter cette stratégie de développement. Nous l’avons trouvé, à Barkédji, village de pasteurs à équidistance de Thiel et Linguère, aux confins du département de Ranérou. Aly Ndiaye :" Je suis en train de préparer ma pépinière de jatropha et de gommiers car je compte m’investir dans l’agroforesterie en associant l’élevage, la sylviculture et la culture de céréales et de bio-cultures." Une longue conversation avec ce technicien du monde rural nous permet de visiter ce qui se fait chez nos voisins africains. En effet au Mali, au Burkina faso et au Ghana, pour ne citer que ces pays de la sous-région westafricaine, devant la nécessité de faire face à la cherté des sources d’énergies fossiles moins propres et moins durables et de promouvoir les produits locaux compétitifs sur nos marchés envahis de produits importés, des innovations réussies leur ont permis de produire des carburants liquides et gazeux à partir de diverses ressources bio-cultures traditionnelles, des résidus de cultures, cultures énergétiques, fumier et déchets urbains. Ainsi, au Ghana, des agriculteurs fabriquent du biodiésel à partir d’huile de palme et font fonctionner leurs véhicules et générateurs .Organisés en coopérative, ces paysans du Ghana ont assemblé leur processeur en deux jours et en 3 jours ils ont produit 550 litres de biodiesel dont une partie est vendue à une micro-entreprise voisine. Tout cela pour seulement 250 euros !

Pour sortir de ce cercle vicieux et ne plus dépendre essentiellement des autres, il faut s’appuyer sur des projets agricoles et de soutien à l’agriculture. Il faut surtout cesser de discourir sur des visions et s’atteler à exploiter ces immenses possibilités.

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test (Editor) 2008-04-29 17:13:10

Gooddddddddddd vive Djolof
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