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SE PREPARER A UN FERLO PLUS CHAUD
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Écrit par Masseck SECK   

ImageAu dernier sommet du G8, en Allemagne, les dirigeants des pays les plus grands pollueurs avaient encore  inscrit  le réchauffement de la terre à  leur ordre du jour. Autant que les pays les pays vulnérables ils semblent préoccupés par les conséquences des changements climatiques qui menacent la vie et la perte de biodiversité. Dans la zone sylvopastorale  où les modifications climatiques  se manifestent par la disparition ou la menace de disparition de plusieurs espèces végétales ou fauniques, la célébration de la Journée Mondiale de l’Environnement, le 5 juin 2007, avait  offert l’occasion à divers acteurs de plancher sur le phénomène.

Désirés ou inéluctables, les changements climatiques se déroulent. Certains les subissent comme les communautés de la zone sylvopastorale durement éprouvées par les effets des changements climatiques : érosions des sols, modification du régime des pluies, sécheresses sévères, vents de sable, hausse des températures, pluies de contre saison, assèchement des mares, fossilisation des cours d’eau...Le désert avance inexorablement ; des espèces végétales et fauniques, autrefois très nombreuses ont simplement disparu. M. Yankhoba Ndiaye, 67 ans, professionnel du bétail à Linguère témoigne :" Jusqu’en 1952, je faisais paître le troupeau familial, ici, dans ce lieu( ndlr la cour d’une école publique de la commune de linguère : Abdou Mingué Lecor).Nous avons chassé dans ces parages des animaux sauvages : biches, gazelles, antilopes, autruches, et plusieurs oiseaux." Il ajoute que la nature était très généreuse et que la faune était très diversifiée. UN autre habitant de Linguère, Amdou Ndiaye, infirmier retraité, lui, regrette l’époque où même des autruches et les grandes outardes essaimaient dans les savanes de cette partie du pays asséchée. Le phénomène n’a pas épargné le règne végétal. Il faut aller au-delà de Barkédji, dans les réserves de la sous-préfecture de Vélingara Ferlo ou dans les communautés rurales de Gassane et Thiel pour espérer voir des espèces comme le sterculia situgera (mbep en wolof), le selero cacia beria ou beer en wolof tout comme les enfants nés dans le nord de Linguère ne connaissent pas lanéa acida qui proliférait comme cela transparaît dans la sagesse populaire locale :" Bu lëk lékéé soon na ko gëramee coy". Les nombreuses mares qui ont donné leurs noms à tant de villages et bourgades sont les témoins disparus de cette époque.

Les bovins et les ovins du Ferlo pâtissent également  de ces bouleversements ; la taille et l’embonpoint du troupeau diminuent tout autant que les pâturages et les points d’eau. Ne voit-on pas, dans les villages comme Barkédji, Téssékéré, Kadji ou Dodji, les gens accueillir leurs hôtes avec du lait en poudre importé ou servir des cuisses de poulet ou de dinde sur-congelés par on ne sait quelle société à l’autre bout du monde ? Les habitants les plus démunis n’ont d’autre alternative que de rester affamés, devenir obèses du fait de la difficulté d’accéder à ces aliments traditionnels de l’agriculture, de la chasse et de l’élevage s’ils ne choisissent pas l’exode ou l’émigration. A qui la responsabilité ?

Pour M. Idy Thiam, dont la communication à la table ronde de la Journée mondiale de l’Environnement portait sur le sujet « les activités de notre civilisation industrielle ont produit des pollutions pouvant compromettre la qualité de la vie sur terre. » Depuis l'ère industrielle, l'humanité brûle de plus en plus de pétrole, de charbon et de gaz naturel, elle étend ses pratiques agricoles intensives et multiplie ses procédés industriels. Tout cela conduit au rejet massif de CO2 (dioxyde de carbone), de CH4 (méthane), de N2O (protoxyde d'azote) et de gaz fluorés. Ces gaz appelés gaz à effet de serre s'accumulent dans l'atmosphère et y piègent la chaleur. De ce fait, la température moyenne de notre planète s'élève progressivement. D'ici la fin du XXIème siècle, les climatologues estiment que la température pourrait monter de 2 à 6 degrés ; c'est un bouleversement considérable, dont les conséquences ne sont pas toutes connues mais qui se feront sentir partout sur la planète et affecteront énormément notre environnement. Les experts estiment que plus d’un million d’espèces vont tout simplement disparaître d’ici à 2050.

A ces méfaits de la civilisation de consommation de produits manufacturés induisant l’utilisation de produits et d’énergie producteurs de pollution, il faudra ajouter la production de quantité importante de gaz carbonique par les feux de brousse selon le Capitaine Souleymane Ndoye du secteur forestier de Linguère qui avait , à la suite de M. Thiam, professeur au lycée Alboury Ndiaye, entretenu  le nombreux auditoire de Kër Samba Linguère, sur les feux de brousse et la Grande Muraille Verte. Non seulement les feux de brousse réchauffent mais ils sont de grands ravageurs de pâturages. ET l’impact est considérable sur l’économie nationale et locale. Pour illustrer, Dr. Aka, du projet d’appui à l’élevage (Papel ),  informera de l’immensité de la perte que représente la totalité des 40000 hectares de biomasse détruits par les feux durant la campagne 2005/2006 : « Un hectare en feu équivaut à 15000Fcfa de perte de biomasse. Multiplions par 40000 ha pour nous rendre compte l’immense perte ! »C’est 600millions de nos francs. Sans besoin de commentaire.  

Des solutions: Adapter et Changer

Si ces tendances se poursuivent, les populations les plus pauvres seront les premières affectées (alors qu'elles ne sont pas les responsables historiques des émissions de gaz à effet de serre !). Un rapport de l'économiste britannique Nicholas Stern en octobre 2006 estime que ce problème sera plus grave pour l'économie que les deux guerres mondiales et le krach de 1929 au siècle passé ! 20% des richesses mondiales pourraient être englouties à cause du changement climatique.
Certes l’éthique et l’équité induisent que les pays les plus développés  pollueurs par excellence aident la nature et les populations les plus vulnérables à  se protéger contre les dégâts du changement climatique d’autant qu’il  en va souvent de leur survie. Mais cela ne nous dédouane pas. Des solutions existent comme le souligne avec force M. souleymane Diouf , le chef de service du développement rural de Linguère en adaptant nos systèmes de production agricole par l’adoption de stratégies de conservation des espèces en les diversifiant  avec l’introduction de nouvelles spéculations écologiquement pertinentes  et économiquement rentables comme les biocarburants, le méthanol . Dans le même sens il urge d’édifier des  corridors écologiques, des brise-vents ; la mise en œuvre de la Grande Muraille Verte entre dans les réponses aux modifications climatiques. L’implication des collectivités locales, des administrations publiques et privées, des organisations de la société civile, des associations et des citoyens est aussi indispensable car l’Etat seul ne peut conduire avec succès cette vaste et complexe entreprise pour au moins se préparer à vivre dans un Ferlo plus chaud.

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